10 leçons que j'ai apprises de Robert Frank

"Avec ce petit appareil photo qu'il lève et enclenche d'une seule main, il parvient à aspirer le poème triste de l'Amérique sur sa pellicule, s’élevant ainsi parmi les poètes tragiques du monde."

C’est dans ces mots que Jack Kerouac, l’écrivain de la Beat Generation, décrivait son ami et compagnon de voyage. Robert Frank, décédé le 9 septembre 2019 à l’âge de 94 ans, était l’un des photographes les plus influents du XXe siècle. Son portrait de l'Amérique des années 1950 publié dans “The Americans”, véritable manifeste photographique, a profondément marqué le courant de la photographie documentaire.

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Voici les 10 grandes leçons que je retire de l’étude de son oeuvre.

1. S’immerger dans un projet plus grand que soi

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Seul dans une vieille voiture, Robert Frank scrute le visage caché du pays des rêves et des libertés. Il cueille sur la route des fragments de lieux et des scènes de vie ordinaires. Des rues de Chicago aux déserts d’Arizona, les paysages se succèdent. C’est le long d’une autoroute infinie qu’il capture un reflet à la fois sensible et sans pitié de son pays d’adoption. Robert Frank se place comme un observateur curieux à la recherche de la vérité. Il lui faudra 2 ans, beaucoup d’essence et de pellicules pour mettre un point final à ce road trip en images.

C’est en s’immergeant totalement dans son voyage que Robert Frank a pu témoigner de la diversité du pays et de ses habitants. Il faut accorder du temps à l’écriture de son histoire.

2. Se méfier des conventions

À l'époque de sa publication, “The Americans” fera de son auteur une figure de la contre-culture. Tout le génie de l’homme est d’avoir vu au-delà de l’évidence et de l’établi. Il a concentré son regard sur une vérité plus profonde et le visuel de son oeuvre, très audacieux pour l’époque, a su transgresser le conservatisme pour porter le témoignage impérissable d’un pays et d’une époque. Cette oeuvre photographique marquera le début du documentaire subjectif et influencera plusieurs générations de photographes.

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3. Toujours avoir sa caméra à portée de main

Robert Frank avait toujours son appareil photo dans la main. Il portait un regard presque mathématique sur la chose. “Si tu photographies tous les jours, il est presque sûr que tu vas avoir quelques bonnes images”, disait-il. Il conseillait aussi de travailler longtemps sur un projet pour augmenter ses chances d’avoir de bonnes photos.

4. Se trouver un sujet d’intérêt

«On finit par découvrir qu’il n’y a rien de plus intéressant que les gens. Les visages sont plus intéressants que les paysages.»

Selon Robert Frank, il n’y a rien de plus intéressant que les gens. C’est pour cela qu’il a décidé de se rapprocher d’eux, sans pour autant entrer en interaction verbalement. Il se considérait comme un chasseur d’images.

Si on prend le temps d’analyser son oeuvre, on trouve une récurrence dans les sujets qu’il photographie. Les voitures, les restaurants, la consommation, les banlieues, les parcs publics, les cimetières et les juke-boxes semblent hypnotiser l’oeil du photographe. Et vous, quels sont les sujets qui captent votre attention?

5. Assumer le regard des autres

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Robert Frank a été arrêté plusieurs fois pendant son voyage aux États-Unis. À cette époque, il était suspect de traverser le pays avec un appareil photo. Vous étiez traité d’espion ou de communiste.

En tant que photographe de rue, vous devez apprendre à vivre avec le regard et le jugement des autres. Je pense qu’il est fondamental de bien définir votre mission en tant que photographe pour donner du sens à ce que vous faites. Quand le pourquoi de vos actions est clair, le syndrome de l’imposteur s’efface instantanément.

6. Suivre son intuition

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Robert Frank faisait partie de la Beat Generation. Ce mouvement littéraire et artistique, né dans les années 1950, a ébranlé la société américaine dans ses certitudes. Elle a directement inspiré la révolte de mai 1968, l’opposition à la guerre du Vietnam et les hippies de Woodstock.

L’intuition spontanée est très importante pour un artiste. C’est le lien le plus direct vers la partie créative de son cerveau. L’écriture automatique de Jack Kerouac, les improvisations jazz de Charlie Parker et l’instinct du photographe reposent tous sur cette même pierre d’angle.

7. Croire en soi malgré les critiques

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La publication de “The Americans” a fait couler beaucoup d’encre : “Une vision décalée des USA”. “Flou absurde, lumière sale, horizon aviné, négligence”. “L’Amérique vue par un type sans joie qui la déteste”. “Un poème triste pour pervers”.

Il faudra 10 ans pour que l’oeuvre et le génie de Robert Frank soient reconnus. Les gens ne sont pas toujours prêt pour votre succès. Il faut se faire confiance. La légitimité de votre travail ne doit pas se chercher dans le regard des autres, mais au plus profond de vous même.

8. Choisir ses images pour capter l’essence de son propos

"Lorsque les gens regardent mes photos, je voudrais qu’ils éprouvent la même chose que quand ils ont envie de relire les vers d’un poème."

Entre 1955 et 1956, Robert Frank capture 23 000 images pour son projet “The Americans”. Sur 767 rouleaux, seulement 83 images seront choisies pour constituer l’oeuvre finale.

La sélection et le séquençage est tout aussi important que la prise de vue. Il faut être capable de juger de la qualité de ses photos et déterminer quelles sont les plus fortes. Il est à votre avantage de ne montrer que le meilleur de votre travail.

9. Explorer différents médiums

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Dans les 50 années qui ont suivies la publication de “The Americans”, Robert Frank a réalisé beaucoup de films. Le plus connu est certainement son documentaire sur les Rolling Stone : “Cocksucker Blues”.

Que ce soit dans ses images, ses films, ou même ses textes, Robert Frank explore les thèmes qui l’habitent. Je pense qu’il est stimulant d’utiliser plusieurs médiums pour exprimer votre talent artistique. L’un peut inspirer l’autre et ouvrir de nouveaux horizons créatifs.

10. Questionner son travail et introspecter sa démarche

“Je regarde toujours l’extérieur pour essayer de regarder l’intérieur, pour essayer de trouver quelque chose de vrai.”

Dans les années 1970, Robert Frank revient à la photographie avec des photomontages très libres de négatifs et de polaroïds griffonnés. Il s'engage dans un dialogue réflexif entre textes et images. Ce travail autobiographique donne lieu à plusieurs publications, dont “The Lines of My Hand”.

Il renoue plus tard avec les thèmes de la mémoire et de la perte avec notamment sa vidéo “True Story” en 2004. Il est clair que les drames qu’il a traversés (la mort de ses deux enfants), ont transformé le détachement de ses débuts en une volonté constante de mise à nu et d’introspection.

Il est intéressant de noter comment vos expériences et votre environnement façonnent votre perception du monde. La démarche d’un artiste est bien souvent intimement liée à son vécu. Il est capital d’apprendre à vous connaître pour exprimer votre art de manière plus authentique.

Le petit prince de la rue

Il aura fallu attendre plus de 5 ans pour voir arriver du « vrai » nouveau chez Ricoh avec l’introduction de la troisième itération du GR. La version II n’étant qu’une copie de la première agrémentée d’une fonction Wifi. J’ai eu la chance de mettre la main sur un des premiers exemplaires en stock. J’aimerais vous partager ici mon expérience avec ce nouveau compact et plus généralement avec le modèle GR. Cette revue ne se veut pas une liste exhaustive des performances techniques de l’appareil, mais plutôt une réflexion sur l’outil photographique et l’expérience de prise de vue.

Ricoh GR II

Ricoh GR II

Le meilleur appareil photo

Au risque de gâcher la fin du film, je crois qu’il est naïf de penser qu’un appareil photo puisse être supérieur à tous les autres. C’est une affaire de distraction! Il y a autant d’appareils que d’utilisateurs et ce sont vos besoins qui vont définir le modèle qui vous donnera satisfaction. Du bon équipement peut certainement rendre vos images plus belles, mais pas meilleures. Vos yeux jouent un rôle beaucoup plus important dans le résultat! Je sais que c’est ironique d’écrire un test après avoir dire ça… Le meilleur appareil photo est donc celui que vous connaissez bien, qui vous accompagne et qui devient le prolongement de vous même. Dans la liste sans fin des modèles proposés, le Ricoh GR se fait discret. On peut même dire qu’il est largement sous-estimé par la communauté des photographes qui lui préfère ses homologues de chez Fuji (X100), Sony (RX100) ou Panasonic (LX100). Espérons que le GR III se démocratise à un public plus large et qu’il reçoive enfin les honneurs qui lui sont dus.

Ricoh GR II

Ricoh GR II

Un retour à l’essentiel

Au cours de mon parcours professionnel, j’ai eu la chance de travailler comme conseiller-vendeur dans un magasin d’appareil photo. En 4 ans, j’ai beaucoup appris sur le plan technique et matériel. C’est à ce moment là que j’ai commencé à m’équiper sérieusement et à mettre la main sur toutes sortes d’équipements. Les modèles ont défilés, une douzaine d’appareils au bas mot, de Fuji à Leica en passant par Nikon, Olympus et Contax. Je n’ose même pas compter les objectifs… Après cette overdose d’équipement, j’ai décidé de retourner à la base de la photographie et à une simplicité forcée, car c’est là que réside la véritable sophistication. J’ai donc acheté le Ricoh GR II. L’ironie continue. Il avait beau être « obsolète » sur le papier, il m’a tout de suite plu. Timide sur ses spécifications techniques, il m’a encouragé à être plus créatif en acceptant ses limites. C’est comme si j’avais récupéré une responsabilité confiée jusque là à mon équipement. Je redevenais le seul garant de la réussite de mes photos. Pour autant, il était (et demeure) un appareil surprenant par la qualité des images qu’il produit. Vraiment surprenant!

Ricoh GR II

Ricoh GR II

Riquoi?!

Le Ricoh GR III est un compact haut de gamme. Un appareil « niche » destiné à toutes les personnes pour qui la photographie est un art de vivre. Il simplifie l’équation photographique en ne vous proposant qu’une focale et un encombrement minimal pour être amené partout avec vous. Sa principale force réside dans son look discret et la qualité époustouflante des images qu’il produit. Avec son 28mm, le GR est orienté photo de rue, paysage, reportage et même portrait pour les plus audacieux. À titre de référence, la focale de votre téléphone est aussi une 28mm fixe. Le Ricoh GR peut donc être comparé à votre téléphone dans son utilisation. Je précise que la qualité est en revanche bien supérieure puisque l’appareil est doté d’un grand capteur APS-C.

Si vous êtes un inconditionnel du 35mm comme je le suis, je tiens à vous rassurer sur l’utilisation de cet angle plus large. En effet, la transition se fait en douceur et pour une raison « presque » évidente. Cet appareil est un compact et il ne possède pas de viseur intégré. Vous devrez donc tendre le bras pour voir quelque chose sur l’écran et de cette manière vous comblerez la différence de distance qu’il existe entre ces deux focales. De plus, vous aurez l’air si inoffensif avec cette petite boite noire que vous pourriez gagner en confiance et vous rapprocher de vos sujets comme vous ne l’avez jamais fait auparavant.

« Le plafond des uns est le plancher des autres ». Comme souvent dans la vie, les limitations peuvent devenir des forces dans la mesure où elles sont assumées. C’est une fois qu’on a fait le deuil du viseur et de la focale imposée que cet appareil vous révèle tout son potentiel. Il devient un compagnon du quotidien, toujours là quand vous avez besoin de lui. 

Ricoh GR III

Ricoh GR III

Une expérience similaire avec quelques nouveautés

Si la formule ne change pas d’un GR à l’autre, la version III apporte quelques améliorations qui sont les bienvenues. Notamment, un nouveau capteur 24 MP stabilisé et un design optique revisité. On gagne aussi une molette et un écran tactile. Le système de mise au point est plus rapide et la fonction snap focus reste présente (fort heureusement). Du mauvais côté de la balance, on perd le flash et quelques boutons. On découvre une nouvelle batterie moins endurante, 200 photos contre les 300 auxquelles nous étions habitué. À noter qu’il n’y a toujours pas de tropicalisation, mais un système anti-poussière par vibration.

Je pense que c’est la nouvelle résolution du capteur qui présente le plus gros avantage. En effet, on peut désormais utiliser le mode crop à 35mm tout en conservant des images détaillées. L’appareil est par ailleurs beaucoup plus performant en basse lumière, ce qui est un vrai plus. La nouvelle autonomie est par contre décevante. Il faudra prévoir des batteries additionnelles!

Ricoh GR III

Ricoh GR III

GR II vs GR III

Le GR se modernise tout en gardant le cap sur les fondamentaux. Voici maintenant les scénarios qui s’offrent à vous :

  • Vous possédez déjà un GR II, vous en êtes satisfait, vous n’avez pas de gros besoins en résolution, vous êtes le plus souvent dans des bonnes conditions de lumière et vous utilisez le snap focus. Vous devriez conserver votre GR II.

  • Vous n’avez jamais essayé un Ricoh GR, vous êtes curieux, mais pas certain que l’outil convienne à votre pratique. Je recommande un GR II d’occasion. On peut les trouver pour un prix très abordable ces jours-ci.

  • Votre GR II vous a lâché, il est tombé à l’eau ou passé sous un train, vous utilisez l’autofocus, vous aimez shooter en basse lumière. Je pense que vous devriez aller avec le GR III. J’ai personnellement perdu le mien à Barcelone et c’est la raison pour laquelle j’ai fait l’acquisition du nouveau.

En résumé, le GR II reste une excellente valeur pour le prix. Le GR III quant à lui est un solide upgrade qui arrive à point nommé pour beaucoup d’entre nous.

Ricoh GR III

Ricoh GR III

Le mot de la fin

Le meilleur appareil photo est celui que vous avez envie d’amener partout avec vous. Si le Ricoh Gr III est un bon prétendant, il en existe beaucoup d’autres. Le plus important est de trouver un appareil qui vous plaise et qui ne se mette pas dans le chemin de votre créativité. Souvenez-vous qu’un voyage, un bon livre ou la rencontre avec d’autres photographes peuvent stimuler votre passion bien plus qu’un nouvel appareil ne saurait le faire.

Ricoh GR III

Ricoh GR III

Penser avec le coeur

Aujourd'hui est un jour spécial pour moi. Il y a 5 ans je mettais les pieds pour la première fois au Canada. Je renonçais à une carrière prometteuse (mais insatisfaisante) pour une aventure vers l’incertain et une rencontre avec l’inconnu (moi-même).

J’ai traversé les 10 provinces et parcouru les États-Unis de la Floride à l’Alaska. J’ai laissé la route avaler mes doutes et l’instinct guider chacun de mes pas. Je me suis détaché de mes possessions et de mes peurs pour y voir plus clair. Je suis allé à la rencontre des autres, c’est moi-même que j’ai trouvé. J’ai questionné mes choix pour finalement décider de consacrer toute mon énergie à la poursuite de mes rêves, parce que selon moi la vie n’a pas d’autre raison d’être.

montreal

Aujourd’hui je vis à Montréal et je fais de la photographie tous les jours. Je ne peux pas m’empêcher de sourire en repensant au petit gars qui descent de l’avion sans savoir ce qui l’attend. Si j’ai bien appris une chose de la vie, c’est qu’elle est aussi généreuse que surprenante! Hâtez-vous de vivre la vôtre, il n’y a pas de compromis qui tienne. Pensez avec le coeur et faites confiance à votre instinct. Tout ira pour le mieux! Je me demande bien à quoi les choses ressembleront dans 5 autres années…

C’est quand j’ai questionné le sens de ma vie qu’elle a pris tout son intérêt. J’ai constaté les mêmes changements bénéfiques dans ma pratique de la photographie. On peut faire des clics, mais le déclic c’est quand tu réalises sur quoi tu cliques. Une image sans propos, c’est comme un livre sans mots. Il faut se demander « Pourquoi? ». Pourquoi je fais de la photo? Pourquoi cette scène me captive? Pourquoi je suis en train de lire cet article de blog? La réponse est le point de départ vers une photographie plus responsable, plus mature. La prochaine fois que vous prendrez une photo, interrogez-vous sur la raison profonde qui motive votre geste. Je suis certain qu’il en résultera un cliché plus original et personnel. Chacune de vos photos parle un peu de vous alors racontez nous votre histoire.

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En même temps, laissez vous surprendre par la beauté de l’inconnu. Une fois que votre mission en tant que photographe est claire, abandonnez vous à la photographie instinctive. C'est dans la simplicité volontaire que réside la sophistication. Focalisez sur l’essentiel et le reste se placera tout seul dans votre VIsEur. À force de pratique, on développe une grande confiance dans son intuition et ses réflexes. Cheminez votre route et laissez votre passion vous consumer, parce que c'est elle qui impulse les battements de votre coeur. Tout le monde meurt, mais peu d'entre nous vivent vraiment.

Prenez soin de vous les amis et faites dès maintenant une action qui vous rapprochera de vos rêves.

Julien